Les enfants pauvres du Japon : les petits invisibles

Enfants pauvres au Japon

« Il faut attendre, et espérer » (Gankutsuou)

 

      L’image que vous avez du Japon est peut-être différente de la réalité.

Ma professeure de japonais, avant le cours, nous parle de ce qu’elle vient d’entendre aux infos.

      Quoique, les Japonais eux-mêmes sont nombreux à l’ignorer.

Ou alors ils font comme si, parce que c’est trop difficile. » Et si ça leur arrivait, à eux ?

 

Au Japon, un enfant sur six ne mangerait qu’un repas par jour. Devant l’étonnement de son auditoire, ma professeure maintient : les enfants pauvres étaient aussi là hier. C’est juste qu’ils passent inaperçus. Pour beaucoup, notamment beaucoup d’étrangers et de Japonais (nostalgiques des périodes fastes de croissance, durant la bulle économique ?), le Japon, c’est la paix, la sécurité, la tranquillité.

C’est bien vrai.

Las, ces mots en cachent d’autres. Depuis l’éclatement de la bulle (fin des années 90), le Japon ne finit pas de saigner. En silence.

 

La pauvreté et l’enfant

Après les révélations de ma professeure, quelques recherches sur Internet me confirment que le problème des enfants pauvres date. En 2015, déjà, Japantimes alertait : « un enfant japonais sur six vit dans la précarité ».  L’Asagaku shinbun – journal à destination des jeunes  – relayait aussi l’information, faisant notamment le lien avec les « 母子 » (boshi ; litt : mère et enfant). Ces femmes qui élèvent leur-s enfant-s seules.

Ainsi, toujours en 2015, le Ministère de la Santé et du Travail estime à 13,9% le nombre d’enfants de moins de 18 ans vivant sous le seuil du revenu médian. Et chez les familles monoparentales, où les mères sont surreprésentées, ce chiffre passe à 50,8%. Une situation qui continue de perdurer.

 

En France, même constat. Selon le journal Libération, un Français sur cinq vit en situation précaire. Soit, 8,8 millions de personnes (INSEE, chiffres 2016, cité par le Figaro). Là aussi, les familles monoparentales sont surreprésentées, avec 34,8% de pauvres (contre 14% pour l’ensemble de la population ; chiffres INSEE 2016). Economie matin, lui, revèle qu’un enfant sur dix est pauvre.

 

 

Enfants pauvres au Japon

 

Que fait le gouvernement ?

Au Japon, des initiatives locales sont prises. Ainsi, la semaine dernière, la préfecture de Miyazaki a lancé un programme « Soutenons les rêves des enfants de Miyazaki ». Objectif : sensibiliser les habitants, faire participer les commerçants à la lutte contre la pauvreté infantile. Les enseignes proposaient des repas à prix solidaires, voire même, gratuits, pour les enfants ne pouvant manger à leur faim.

 

En 2013, déjà, le gouvernement Abe tentait une loi pour lutter contre la pauvreté des enfants. Sans réels effets, selon ses détracteurs, qui pointent un manque d’engagement politique, et une volonté d’étouffer un sujet considéré comme délicat, sinon honteux. Qui pourrait croire qu’un grand pays comme le Japon verrait ses petits enfants souffrir de la faim ?

En 2017,  la Japan NPO Center, association luttant contre la pauvreté infantile et soutenant des programmes d’éducation, lance un cri d’alarme. Son président d’alors, Yasushi Aoto, analyse, amère :

      Le taux de pauvreté que nous constatons aujourd’hui montre à quel point la vie des enfants au Japon est devenue difficile au cours des 25 dernières années.  (cité par The Guardian).

 

Et demain ?

Lors de mon premier voyage, en fin 2016, je constatais, à mon faible niveau, combien la précarité gagnait Tokyo, la ville qui ne dort jamais. En bas de chez moi, dans le garage à vélos, des personnes sans domicile fixe se rassemblent. Au bout de la rue, un autre ramasse des canettes vides. Il tire un lourd chariot, amoncèlement de bric et de broc. Le pas est lent, le dos, vouté. Les Japonais, les autres, ceux qui portent le costume, le dépassent; eux aussi tirent leurs maux. Il est invisible, l’homme au chariot.

D’autres dorment à même le sol, à la gare Ikebukuro ouest. D’autres encore – chose impensable pour l’honneur japonais – s’agenouillent, en silence, une petite pancarte posée devant eux.

 

Les enfants pauvres du Japon

Les enfants sont, peut-être, encore moins visibles. Ils portent l’uniforme dès le collège, quoique ceux de certains semblent plus abîmés.  L’uniforme n’achète pas la paix sociale. Il coûte très cher. De grands designers signent de belles collections pour de prestigieux établissements. L’on sait d’où tu viens au style de ton uniforme. Et s’il est élimé, en plus !

Ne parlons pas des chaussures, qui, même avec le meilleur des entretiens, s’usent, voire craquent. Qui va payer ? La mère isolée, avec son travail à mi-temps ?  Le gouvernement ? Quel avenir pour ces enfants, considérés déjà par certains observateurs comme une « génération sacrifiée » ?

 

Sources

 

JAPON

Articles du Japan times : https://www.japantimes.co.jp/news/2015/09/10/national/social-issues/one-six-japanese-children-live-poverty-threatening-education-future/

https://www.japantimes.co.jp/news/2017/07/07/national/social-issues/japans-child-poverty-rate-eases-strong-public-support-still-needed/

Le projet de la préfecture de Miyazaki, dans le journal Mainichi : https://mainichi.jp/articles/20181118/ddl/k45/040/318000c (en japonais)

Le journal des jeunes, Asagaku :  https://asagaku.com/chugaku/newswatcher/4903.html (en japonais)

 

 

FRANCE

http://www.economiematin.fr/news-pauvrete-enfants-france-ocde-statistiques-comparaison-internationale

https://www.liberation.fr/france/2018/09/11/un-francais-sur-cinq-en-situation-de-precarite-alimentaire_1677881

http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2018/09/13/29006-20180913ARTFIG00001-pauvrete-en-france-les-chiffres-a-connaitre.php

 

 

Pour aller plus loin

Le rapport de l’Unicef : https://www.unicef.org/french/sowc2016/

Les statistiques de l’INSEE sur la pauvreté en France : https://www.insee.fr/fr/statistiques/3303433?sommaire=3353488

 

A toi d'jouer !

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