PVT Japon

Bilan Japon novembre 2016 ~ Le retard

Novembre le bilan youpiyo.

Précédemment dans le bilan de Mikki Forever.

C’est le ventre lourd que je me livre, avec mes bouts de doigts gelés par l’hiver. Je déconne. A Tokyo, il ne fait pas si froid.

Le retard

En France, j’étais connue pour ma ponctualité légendaire. L’on me surnommait « Horloge », ou encore « Montre bionique ». J’étais là avant l’heure, mon ombre majestueuse couvrant l’horizon. Je suis très « je me la pète » ce soir. Vous avez déjà vu quelqu’un se venter de son ombre ?

A Tokyo, je cultive l’art du retard. Au pays de la ponctualité, je me permets de ne pas respecter l’heure, d’arriver en cours après l’horaire prévu, avec ma transpiration et mon rhume coulé-séché, la langue qui part sur le côté, on dirait un pervers dans ses meilleurs jours. Et je m’avance, et les narines s’ouvrent, comme si la parole allait sortir de là-bas, et je souffle « すみません。。。 » (sumimasen… / excusez-moi) C’est TOI LE SUMIMASEN ! Je vais t’en foutre des SOUMIMASSSEN, imbécile ! Tu faisais quoi d’abord !?

Avant le retard

Le jour où je suis arrivée en retard en cours commençait pourtant bien. Je me lève tel le Tigre bondissant, effectue mes ablutions matinales, écrase mon corps velu contre le sol : c’est parti pour les pompes ! Je veux devenir comme Ken, ce n’est pas une blague. Pompons ! Je m’incline au bout de la 10e pompe. ARRETEZ DE RIRE ! Le mois dernier, je n’en faisais pas cinq, alors. Il n’y a pas de petit commencement.

Après le sport, le réconfort : confiture par kilos, hectolitres de jus, kilomètres de tartines. Je plaisante. Mais j’ai faim, maintenant, le matin. Je mange de la confiture, allons donc ! Cela doit bien faire quelques années que je n’avais planté mes crocs d’acier dans du pain confituré. Je suis comme ça ; même quand j’apprécie quelque chose, je peux m’en passer. J’ai un côté très « je peux m’en passer » « ça sera pour la prochaine fois ». Sauf pour les senbei. Il faudra que je vous reparle de mon nouvel amoureux. Oh, Senbei ! Je craque littéralement pour lui >_< avec des cœurs et des joues en feu, oui.

Après le petit-déjeuner, les devoirs. Le cerveau ingurgite les kanji comme il le peut. Les progrès sont là, même si je ne suis pas 上手 (jouzu = douée).

La gentille Madame

Conformément au savoir vivre japonais, je ne cessais de répéter que j’étais 苦手 (nigate = mauvaise, sous entendu, en japonais) (ce que je pense, sérieux. Une phrase, une faute, s’il vous plaît !).

Mais, un jour, après 5 bonnes minutes de discussion avec une Madame, celle-ci, me coupe : « allons, tu comprends ce que je te dis, et tu me réponds ! しゃべるよ ! / Tu parles ! »

Retard toujours

Et donc, novembre, c’est le retard.

Retard pour se coucher. Idem pour se lever. Et pour manger ? Encore, du retard ! Les révisions ? Retard again alleeeez. On sort son livre de kanji à l’arrache, et les phrases à apprendre par cœur, je tourne et tourne sur le quai du métro. Un salaryman se met derrière moi ou essaie. Il ne sait je monte dans le métro ou si je vais continuer de faire la toupie. Et j’ouvre la bouche, en plus. Je révise, quoi ! Il doit me prendre pour une ivrogne. A 14H05. Les cours commencent dans moins de 10 minutes. Je suis en retard.

Je prends quand même bien soin de choisir la dernière rame du métro. La rame 10. C’est ma rame, celle depuis laquelle je peux entendre les monosyllabes du conducteur. Je n’y prête pas attention. J’aime juste m’adosser en mode rebelle-relax. Ma rame 10 ! Ma barre ! Mon escalator ! Ma sortie !

Ma barre de métro
Ma barre !
Mon escalator !

Le rush du soir

Les premiers jours, j’attendais sagement dans la file, et montais m’écraser contre la vitre, les gens, essayant maladroitement de tenir en équilibre. C’était blindé, quoi.

Et puis, je me suis dit : WHY ? Why, comme dit Mimasaka san dans un épisode de Hanadan. Biiikoooz’ lui répond Théière. C’est Nishikido son nom, mais chez les Forever, on l’appelle Théière.

Depuis cette révélation du WHY, je ne monte plus dans les transports bondés. Qui m’attend à la maison, de toute façon ? (Sens-tu le désespoir dans mon écriture ?) Même Raoul voulait aimer !! Raoul de Ken Ken, le survivant de l’enfeeeeer, il serait tant que tu te fasses l’intégrale.

Je marche donc tranquillement jusqu’à ma rame 10, laisse passer les métros… J’attends. Le métro arrive et emporte tout. Un vent puissant fouette mon visage, et je me sens comme une héroïne de film. Ce vent, c’est mon petit plaisir d’après l’école. J’ai des plaisirs simples, oui. Et gratuits.

Pas de retard la nuit

Le soir, quand l’envie me prend, j’erre dans les rues tokyoïtes. Un danseur de rue enflamme le sol d’Ikebukuro ouest, sous quelques regards admiratifs. Certains sourient. D’autres jouent sur leurs téléphones. Ah, le téléphone, on en reparle ? C’est l’ami des transports. Toujours, le regard penché sur l’écran lumineux, le cou plié en deux et en mille, les doigts qui s’agitent avec frénésie. Je m’arrête parfois pour regarder le spectacle. Geste ô combien brave, dans un Japon où l’on ne se regarde que trop rarement, à mon goût. Je dis ça, alors que je cultive moi-même l’art du regard fuyant u_u.

Les étudiants, les écoliers, les salariés, les femmes, les hommes, les jeunes, les vieux, les vieilles, comme partout ailleurs sur la planète, ils sont tous unis dans cette passion du smartphone. Les rames sont très silencieuses (ça, c’est bien !). Les visages, tous penchés sur l’objet lumineux. Pas un sourire, pas un regard, rien. Ce sont les nouvelles relations humaines.

La bagnole

L’autre jour, en allant en cours, je m’arrête avec d’autres, devant le passage piéton. Bon citoyens, nous attendons le feu vert pour traverser. Les feux japonais sont très, très longs. Soyez avertis u_u.

Alors que nous patientons, une voiture de sport rouge sang débarque. Elle fait un bruit terrible ! Ça pétarade, ça rugit. Le conducteur porte de grosses lunettes de soleil. Il a l’air crâne et joue les fiers dans son bolide. Avançant très lentement, il fait vrombir le moteur. Il nous nargue ! Le voilà qui accélère brutalement et s’échappe.

Tous les Japonais se sont retournés pour survire la course de ce conducteur bruyant. Ils n’en revenaient pas, et je lisais la stupéfaction sur leur visage. Las, chacun garde son étonnement pour soi. Pas un regard échangé avec le voisin. Juste un haussement de sourcils personnel, un soupir solitaire, et voilà le feu qui passe au vert, et le pied qui foule le passage piéton.

En France, instinctivement, nous aurions parlé, commenté : qu’est-ce donc que ce personnage qui frime dans sa voiturette trop basse ? Le spectacle était si incroyable que je m’attendais à partager ça avec mes confrères et consœurs piéton-ne-s ; je roulais mes yeux gourmands, cherchant un contact oculaire, ce n’est pas grand-chose, enfin ! Mais rien. Rien ! Le silence japonais. A ce moment, j’ai pensé : si j’étais en France ! En France, on parle avec les inconnus, et c’est bien.

Les escaliers

En descendant les escaliers, à la gare d’Ikebukuro.

Un Japonais me frôle. Un frôlement délicat, surtout pour moi, qui, se jour-là, avec mon bonnet écrasé sur ma tête et mon long manteau noir, suis certaine d’incarner le mâle parfait. Ce jeune Japonais a compris la supercherie, en frôlant cette poitrine qui n’avait rien de viril, oui, je l’admets, c’est 柔らかい (yawarakai = mou) ! Il se tourne vers moi. Je me tourne vers lui. Sans échange de regard. On a déjà bien échangé corporellement. Il incline légèrement la tête : pardon. J’incline la tête à mon tour : je te pardonne. La classe japonaise, même dans les excuses.

A toi d'jouer !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :