Tokyo

Ma nuit à 78 yens – réflexions en marche avec moi-même

C’est Mikki nuit discount.

Janvier 2017.

C’est déjà comme ça. De la mauvaise toux et des orteils gelés. Mais elle a l’âme comme un fidèle guerrier, et part honorer la promesse faite à un camarade. Il me reste bien quelque vigueur ! C’est ma nuit à 78 yens.

*Pour les photos, dis merci au fidèle Iphone 4. L’honorable ancêtre lutte comme un chef. La nuit, je n’ai pas le courage de prendre mon appareil photo n_n. J’affiche fièrement ma fainéantise.

C’est le désert, ici

On a quitté l’illuminé et bruyant quartier Sunshine d’Ikebukuro Est, pour arpenter les larges rues d’Otsuka nord. Les rues vides d’Otsuka nord. Il fait froid et c’est le désert.

Je n’ai pas d’écharpe. Trois foulards font office de cache-nez, de couverture, c’est n’importe quoi. J’imagine ma grosse écharpe, là, dans ma chambre, ouvre la porte, tout de suite à gauche, diantre, que fais-tu ici, tu n’es pas dans ma valise, mauvaise ! Et les sous-pulls, et les manches longues, vous avez fui, vous aussi ! Il n’y a que des T-shirt qui s’éparpillent dans mes bagages. La tête avait fui loin, en septembre 2016. Je pense vraiment à investir dans une écharpe.

Note : ce mercredi 8 février 2017, 21h14, je rédige cet article avec mes foulards noués autour de mon cou malade, encore malade, à croire qu’il aime ça. L’écharpe est au magasin, avec les autres, avec son prix. Ah, oui, j’irai, d’accord !

Les victimes de la nuit

Un orteil décède. Un autre. La cheville se tort. Je boite. Là bas, si j’arrive un jour avec ma carcasse découpée, le camarade pourra louer ma vigueur ! Quelle idée de sortir la nuit. Quelle idée de marcher ! Et les transports, c’est pour qui ?

Pas question de mettre un yen dans le métro. Cette nuit, c’est gratuit. Depuis que je sais comment aller à Otsuka à pieds, je clopine avec zèle. 330 yens l’aller/retour via le train Yamanote, penses-tu ! 2,8€, oui, rigole bien, je vais te dire ce qu’on peut faire avec 2,8€ ! Reine de la bricole, embrouilleuse de casseroles, je concocte des mets terribles et délicieux, qui coulent dans mon estomac malade. Ça se transforme en jolies crottes écologiques. Tout fonctionne bien par derrière. L’on ne parle pas assez de ces choses d’en dessous.

Halte au bar

Me voici dans le bar, où je passe quelque instants sympathiques avec mes camarades et mon rhume coulé/séché. J’ai droit à une boisson gratuite. Un truc froid, qui détruit ma gorge sèche. Je l’imagine pleine de stalagmites et de crevasses. Ça sent la maladie. C’est mon haleine. Le gentil barman me sert si rapidement que je n’ose lui dire. Ce liquide glacé va achever le peu de globules qu’il me reste, et je finirai là, sans voix, avec quelques orteils. J’espère que j’aurais l’air cool.

C’est une hantise qui ne me quitte plus. Ça ne sert à rien. C’est pour les archives. Je serai bien loin. Au dessus, j’espère. Mais, tout de même. Partir avec quelque éclat, quelque sourire comme ceci, et la posture comme cela. Las, ce soir, je suis dégueulasse jusque dans le slip. On a sorti la chaussette trouée et la culotte de relâche. Je vais vivre encore un peu ! Pas question que l’on me découvre ainsi ! Même les nolife ont leur fierté.

Je bois.

C’est un soda au gingembre. Les bulles explosent dans ma gorge crevassée. Ça réchauffe et ça revit. Miracle ! Je parle ! Je bois. Les bulles ont sur moi l’effet qu’il faut. Un autre verre ! C’est toujours gratuit pour Mikki.

Je comptais rester peu. Je vois cependant des gens qui ouvrent la bouche et décochent des sourires. J’en propulse moi-aussi, et mes yeux lancent des éclairs, je dois faire peur, ils sont trop grands ouverts.

La nuit en marche

Il faut rentrer. 22h30, me voici de nouveau enroulée dans le froid glacial et le désert d’Otsuka. Ah tiens, oui, je vais rentrer à pieds, vois-tu ! J’ai pris plaisir à ces marches nocturnes. Il y a des choses qui se sont déréglées, depuis que je suis au Japon. Je suis une casanière qui sort la nuit.

Arrêt au convini Lawson 100 yens. Le Lawson classique est bleu. Le Lawson 100 yens est vert ; comme son nom l’indique, c’est un 100 yens shop. Tout est à 100 yens. 108 yens avec les taxes. Au Japon, le prix hors taxes s’affiche en gros et en gras. Je me faisais avoir, au début. C’est en petit, là, qu’il faut lire : les taxes. Oui oui.

Les kanji qui te seront utiles pour tes emplettes

税金 (zeikin) = taxes ;  税 (zei) = taxe ; 金 (kin) = argent

税込 (zeikomi) = taxes incluses

割引 (waribiki) = discount, réduction. J’ai mémorisé ce mot très vite ! Ah, waribiki my love.

Après la nuit

Je prends des yakisoba à 108 yens – 30. Depuis que j’ai revu le drama Summer nude, avec Yamapi, n’est-ce pas, j’entreprends une cure complètement stupide de yakisoba. La raison ? Asahi, personnage joué par Yamapi, aime les yakisoba. Voilà. (Débile)

Je rentre en repassant par Ikebukuro Est et sa Sunshine city. C’est bien animé, à la Sunshine. Même là, à bientôt 23h. Les gens festoient et parlent fort, crient et éructent, jouent dans les game centers, mangent, parlent encore dans le froid. Les travailleurs font comme ils peuvent. Ils distribuent des tracts, des paquets de mouchoirs, étouffent un bâillement, c’est dur.

Je rentre moi aussi, lave mes mains glacées à l’eau froide. L’eau chaude met trop de temps à arriver. Il est 23h20. J’ai faim. Les yakisoba balancées dans le micro-onde, les habits, jetés dans la chambre microscopique, mon corps malade moulé dans ma lourde robe de maison, le foulard noué sur la tête, la main attrape l’assiette fumante et les baguettes, tout ça saute dans le lit, avec l’ordinateur portable sur la couette. いただきます (itadakimasu/bon appétit).

Ce n’est vraiment pas une heure pour manger.

… 3h du matin.

Eh bien, quoi ? Je digère.

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