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Otaku, les enfants du virtuel : les fans d’hier et d’aujourd’hui

En même temps, si tu ne sais pas qui est Victor Duroc, y’a plus rien à faire for you.

On s’adapte. On ne parle pas à tel parent comme à tel autre, et bonjour patron-ne, voici une enfant, un autre, et les amis, les voisins etc. Ce sont les différentes “positions de soi” décrites par le sociologue Norbert Elias. Positions indispensables pour réguler les relations humaines.

Ce qui perturbe (qui ?), c’est quand l’adaptation devient masque plus ou moins permanent. On se cache des autres, peut-être de nous-mêmes. On se cale des rencards avec Moi en version améliorée. En version intemporelle et magique. On est mieux là-bas. La Terre, quel ennui !

Bienvenue aux enfants du virtuel.

Les préjugés dans le clou

Le gars me dit : “t’es une otaku”

Frère, non. Y’a des trucs, faut pas déconner.

“Otaku”. J’ignorais la signification du mot, sentais cependant des trucs louches, là-dessous. Je découvre les histoires sordides, les M.M et les criminels. Otaku, moi ? Never never never.

Creusons encore. Il doit bien y avoir une autre définition, sans accusation ni mépris. Les otaku ne sont pas tous des déviants. Quand cessera t-on de fracturer la tête des clous qui dépassent ?

Virtuel : en liberté chez soi

Le journaliste Etienne Barral revient, dans son livre Otaku, les enfants du virtuel, sur les définitions du terme.  Il existait bien avant les fans de trains et de Mandarake trip.

お宅 (お-宅 /o-taku) renvoie à l’habitation. C’est la demeure dans laquelle je vis. Une seconde définition existe, dans le prolongement de la première : « c’est un vouvoiement impersonnel et assez distant que les Japonais utilisent quand ils ont besoin de s’adresser à quelqu’un sans désirer pour autant approfondir la relation qui vient d’être nouée. » (Etienne Barral, p26)

Il y pense certainement, lorsqu’il utilise ce mot. Retour en 1983 : l’essayiste Nakamori Akio tente de comprendre cette mode étrange qui enferme les adolescents chez eux, loin des relations humaines. C’est l’otaku. Celui qui reste dans sa chambre. A ne pas confondre avec « hikikomori » (引篭り). Pathologie psychosociale, le terme désigne également toute personne vivant en marge de la société; le plus souvent, dans sa chambre. La cellule familiale même devient trop grande. L’individu se coupe du monde et n’interagit plus qu’avec le virtuel. Certains hikikomori rejettent cependant cette définition. Pour eux, il s’agit d’un cri de révolte contre une société japonaise qu’ils jugent oppressante. La domination du groupe, non merci. Ils entendent vivre libres, loin du carcan social.

L’otaku, lui, partage sa passion à l’extérieur. Conventions et autres évènements lui permettent de retrouver sa communauté. Un monde, qui arrive jusque dans sa chambre. Pourquoi se plier aux conventions sociales ? Un PC, des livres et figurines, une console, la télé. Play.

J world Tokyo last - fermeture - Haikyuu - Mikki Forever
Faut crier en mode on se déchaine allez *o*

Virtuel ou déviant

Je pars toujours équipée : un manga dans le sac, un livre dans le bus, la grammaire japonaise dans le train, les kanji sur le banc public.

Et c’est pas tout ! Le tanuki à la ceinture, le Poulpy Skipi star sur le torse herculéen, Sailor moon et Luffy inside the pocket. Je suis ready pour mon épopée dans le réel.

Etienne Barral pose un regard plein d’empathie – d’inquiétude, aussi – sur la génération des années 80-90, perdue dans son monde virtuel. Je regrette l’emploi de quelque mot malheureux, quelque description caricaturale de l’otaku, forcément en surpoids, avec sa peau luisante et son cheveu gras. Il y avait, à l’époque, tout un courant de pensée, qui entendait bien légitimer cette caricature. Pour eux (et pour certains otaku interviewés dans le livre), pourquoi se soucier de son apparence, dans un Japon de la surconsommation ? L’autre est plus lointain que les personnages virtuels. Laissez les points noirs ! Les jeans trop larges ou trop courts, la chemise qui déborde, et alors !

L’otaku 20 ans après

Que dirait-on aujourd’hui ?

L’enfant du virtuel a résisté. A l’horreur des débuts, faite de criminels (l’horrible affaire Miyazaki), de terroristes (la machination de la secte Aum), le terme “otaku” s’est réinventé, au point de presque devenir, aujourd’hui, une petite fierté. Quand j’ai débarqué au Japon, quel choc d’entendre des camarades japonais dire “je suis otaku !” (c’était pas à la première rencontre non plus) (deux-trois trip au Comiket et à Akiba  pour bien connaître l’adversaire) (Akiba c’est plus ce que c’était).

Il existe néanmoins une forte différence, entre le Japon et les autres pays. La suite aura lieu en France ! La fière patrie d’Oscar ! Vite, à vendredi !

La fiche technique

Titre : Otaku, les enfants du virtuel

Auteur : Etienne Barral

Editeur : Denoël, 1999

A toi d'jouer !

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