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Otaku, les enfants du virtuel (partie 2) – Club do et compagnie

« C’est comme un tremblement de terre » Dorothée

Précédemment dans Otaku, les enfants du virtuel.

Aaaaaah, le Club Dorothée ! Lady Oscar, les chevaliers du Zodiaque, Ken Ken, le survivant de l’enfer. En France, les journées de toute une génération étaient là, dans le virtuel du Club Do.

Attention, attention danger

Aaaaaah, les détracteurs. Psychologues et spécialistes s’invitent sur les plateaux TV pour tirer sur Goldorak. Ils ne savent pas, eux, qu’Actarus a déjà tout perdu ! #toughlife

Tough ? Argh, encore des envahisseurs !

Et les sans cœurs osent même vilipender le pauvre Hugo Dufour, voyant dans Juliette je t’aime l’apologie de la déviance. C’est Charlotte qui traîne en sous-vêtements et affole la jeunesse. Ségolène Royal martèle : c’est Le ras-le-bol des bébés zappeurs. Les manga sont dangereux. Les anime, terribles. Que de violence, de sexe et de monstruosités.

C’est vrai que Ken le survivant ne convenait pas aux enfants. Contrairement à ce que les spécialistes français de l’époque pensaient, au Japon aussi on s’interrogeait, dès l’émergence de la nouvelle vague manga.

Retour dans les années post Seconde Guerre Mondiale. Les manga de garçons combattant les méchants remportent un succès fou. Avec du sang, même ! Pourquoi les enfants sont-ils attirés par ces lectures ? Et qu’y a-t-il donc dans la tête des auteurs, pour qu’ils jettent la violence sur le papier ? Ne savent-ils pas d’hier, c’était la guerre ?

Les enfants qui restent enfants

Etienne Barral – auteur d’Otaku, les enfants du virtuel, nous livre l’analyse du scénariste Ichikawa Shinichi. L’homme revient sur sa perception de l’époque, alors qu’il créait Kamen Rider (années 70). Né en 1941, il a grandi dans un Japon qu’il fallait reconstruire vite, un Japon humilié et blessé, errant dans les mains des puissants USA. Ichikawa et ses collègues réinventent la justice dans leurs ouvrages. Une justice en armure qui massacre tout.  

1995. Après les attentats commandités par la secte Aum, Ichikawa s’interroge :

Quel type d’espoir [a-t-on transmis aux enfants ?] N’avons-nous pas finalement donné l’image d’un monde de réalité virtuelle, terrifiant et sans romantisme ? […] N’avons-nous pas transmis uniquement l’attrait pour la guerre et réveillé l’instinct offensif ?

Etienne Barral – Otaku, les enfants du virtuel

En France, pas de secte Aum. Pas de Miyazaki. « Otaku » se borne à désigner des adolescents – et le péjoratif “adulescents” – enfermés dans le monde de l’enfance. Ils ne sont pas méchants. Ils refusent juste de grandir. Donnons-leur une clé USB croquette.

La condescendance et le mépris ont éclaboussé les manganime. Belle terre des artistes, la France a longtemps considéré la bande dessinée comme le parent pauvre de la peinture. La BD a lutté des siècles pour siéger chez les grands. Pas de place, à l’époque, pour le manga.

Cool otaku

2020. Les temps changent. Dédicace MC Solaar. L’otaku est cool. En France, et même au Japon. Il est pop. Fun. Il a la FLOUZE. Bien sûr, qu’il siège chez les grands. Les industriels ont bien compris l’énorme manne financière que représente les otaku, ces fidèles parmi les fidèles. Conventions, évènements privés, produits dérivés, les otaku achètent, surconsomment. L’investissement ultime, c’est le mini-train et la figurine.

L’otaku d’aujourd’hui reste t-il ce clou qui dépasse ? Exclu du monde réel, s’excluant lui-même dans le monde virtuel ? Et s’il ne s’agissait pas plutôt d’un choix délibéré ? Exclu d’un certain monde, pour en rejoindre un autre. L’otaku est juste une personne avec des passions, comme cet autre qui s’embrasera pour un match de volley-ball (l’effet Jeanne et Serge) ou de tennis (ça, c’est Jeu, set et match, obligé).

La pression reste cependant bien réelle. Le Japon demeure régi par la culture du groupe. En France, plus d’individualisme, et la couronne de la coolitude réservés aux extravertis. Mais où sont les otaku ? Ils ne demandent pas une tribune. Juste le droit de vivre libres, avec la passion pour rêver. Laissons les clous dépasser.

Paroles d’Otaku

Akai Takami, un des 1e otaku, et cofondateur de la GAINAX, dans les années 80. Revenant sur le Japon d’après-guerre, il réalise, amère : les enfants de cette génération n’ont connu « que le déni du passé ».

 Nos profs n’ont pas cessé de nous seriner que le passé n’existait pas, que la société dans laquelle avaient vécu nos parents et grands-parents n’avait plus lieu d’être. […]  Puisque les adultes ne veulent pas de nous, […] détournons les connaissances entérinées à l’école pour servir notre passion.

Etienne Barral – Otaku, les enfants du virtuel

A toi d'jouer !

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