Tokyo Vice : le polar et le monde de derrière

« Les héros sont simplement ceux qui n’ont plus le choix. » (Sekiguchi)

 

     Vice (littéraire) :

Ensemble des pratiques du mal, des dispositions du mal.

Penchant particulier pour quelque chose (jeu, boisson, drogue, pratiques sexuelles etc.) que la religion, la morale, la société réprouvent.

Goût, habitude du libertinage, de la débauche.

Penchant excessif pour quelque chose.

Imperfection, défaut, qui rend la chose inutilisable. (Larousse.fr)

 

 

Le monde qui ne voit pas

Avant le vice. Ou pendant qu’on ne le voit pas. Impossible d’imaginer les horreurs du monde de derrière, lorsque l’on vit dans le monde à l’endroit. Celui qui se lève le matin et dort la nuit. Qui étudie à l’université de Sophia et révise ses kanji. Il voit l’avenir avec un regard pur, y’a pas de vice, là-dedans. On casse sa tirelire pour se payer un costume, et on a l’air gauche devant les recruteurs japonais.

Jake Adelstein est étudiant. Il se dit que, pourquoi pas, bosser au Yomiuri, le grand journal japonais, ça pourrait le faire. Il est le premier occidental à être embauché comme journaliste. Les Japonais ne comprennent pas. Un étranger qui bosse au Yomiuri. Au service Police-Justice. Même pas dans la section étrangère. Un étranger qui enquête sur des affaires criminelles. Au Japon. Le monde ne tourne pas rond.

Mais Jake trouve sa place. Il la crée, s’infiltre, enquête. On l’envoie galérer à Saitama. Il s’y crée son réseau. Il couvre des affaires criminelles, des braquages. Son pied glisse peu à peu dans l’antre des yakuzas.

 

 

Le monde et le Vice

Tokyo vice est un instantané. Les souvenirs se lisent au présent. Les yakuzas sont toujours à l’œuvre, aujourd’hui. Jake décrit leur organisation ; un système compliqué, où chacun doit tenir son rôle s’il tient à conserver la vie. Un système à ramifications, qui étend sa toile jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir. Glaçant.

On n’échappe pas aux yakuzas. Des agences immobilières en passant par les soap, les karaoke et les pachinko (sortes de casinos), les yakusas se fondent dans le monde qui ne voit pas ou refuse de voir. Ils participent à l’économie.

Tokyo vice raconte cet autre univers. Il nous bouscule, nous questionne. L’ordre du monde doit-il rester ainsi ? Peut-on agir, à son niveau ? A Kabukichô, la nuit crie ou pleure. Il y a ceux qui dominent et ceux que l’on contraint. Jake doit côtoyer les deux camps pour ses articles. Il craint de poser un pied dans le vice. C’est triste à en mourir. Il faut écrire. C’est dangereux. Jake se retrouve traqué, menacé de mort. Les yakuzas n’aiment pas qu’on se mêle de leurs affaires.

 

 

L’espoir, pour demain ?

Passionnant. Palpitant. Avec de l’humour pour les épices. Je tourne les pages et m’imagine là-bas, avec l’envie de faire bouger les choses et la frousse collée au derrière.

En lisant Tokyo vice, on se dit que l’être humain est capable de tout. La phrase est banale. Et pourtant. Quand les uns imposent leur domination, les autres – souvent moins armés, hélas – bataillent pour faire éclater la vérité. Pour que le monde qui ne voit pas sache ce qu’il se passe au fond de la ruelle.

 

 

La fiche technique

Titre : Tokyo Vice

Auteur : Jake Adelstein

Editeur (broché) : Marchialy, 2016

Editeur (poche) : Points (2017)

Genre : polar, enquête journalistique, parcours initiatique

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