Le mois du manga # Pika Edition

Dernier jour pour le mois du manga, au Furet du Nord ! Dehors, sur la Grand-Place, la grande roue fait tourner les têtes et les cœurs. Les passants se photographient devant elle, et dedans, en famille, entre amis, avec beaucoup de bonheur retrouvé. C’est comme ça aussi, à l’espace rencontre ! Le Furet chauffe, c’est l’heure de l’aprèm Pika !

interview

 

Invités du jour : la team Pika Edition n_n !

Mehdi Benrabah, Directeur éditorial, Margaud, éditrice, et Marie, chef de produit.

 

Il fait toujours chaud, au Furet. C’est la chaleur des gens du Nord. L’émulation de Cervelle. A l’espace rencontre, ça bouillonne. Le public est venu en nombre. Au menu du jour : quizz et échanges sympathiques. L’association Lille COSPLAY anime cette dernière journée avec professionnalisme et passion ! J’aimerais bien répondre à leur appel et venir, comme tous ces autres qui montent sur l’estrade pour répondre au quizz. Las, je suis nulle, et lente ! Le temps que je trouve une réponse, mille ans auront passé, et je resterai là, avec ma bouche ouverte et mes quelques chicots. A moi l’interview !

 

Comment  analysez-vous le marché du manga actuel ?

Les éditeurs sont unanimes : « ça va mieux ». Après le boom des années 2000, après les mines grises et la stagnation, les couleurs reviennent. 95 millions de manga vendus en 2015, 103 millions écoulés en 2016, soit une hausse de 3% (chiffres SNE-GfK 2017). Oui, ça va mieux. Le marché s’est structuré. C’est aujourd’hui, la norme. Hier, c’était l’exception, la France qui découvrait le manga, qui rattrapait son retard sur le Japon.

Une chose demeure cependant, analyse Marie : « Seules 50 séries portent le marché ». Et les meilleures ventes restent les shônen manga. Confère le top 5 2016 : One Piece, Fairy Tail, Naruto, One-Punch Man, L’Attaque des titans. Et le shôjo ? Il est là ! L-DK, Ugly Princess, Orange, Perfect world, Skip beatLe shôjo manga se réinvente, mais peine encore à se hisser sur le podium. Surtout lorsque les valeurs sûres menacent de leur faire de l’ombre. C’est déjà assez que de concurrencer les nouveautés shônen, il faut aussi se souvenir des succès d’avant, qui réalisent toujours de bons chiffres de ventes : les Death note, Berserk, Fullmetal Alchemist, et autres GTO !

 

Le shônen serait-il plus facile d’accès ?

Avec ses valeurs d’amitié, de dépassement de soi, de p’tit gars qui devient super forts, le shônen parle au grand public. Pour Mehdi, Marie et Margaud, c’est surtout une histoire de clichés. Dans l’inconscient collectif, le shôjo, c’est la fille qui ne cause que d’amour, rêve avec des cœurs, j’aime mon prof ! Et le gars tamponné l’autre jour, dans la ruelle ! Et l’autre là, il me parle super mal mais… Non, sérieux, meuf x_x. « Le shôjo manga souffre de cette image », regrette Margaud.

L’on oublie que le shôjo est un monde au moins aussi vaste que le shônen. Depuis le commencement des succès shojesques, les autrices ont développé un univers riche : histoire, science-fiction, fantasy, suspense, action, sport… Gros succès au Japon, le shôjo Chihayafuru ne marche pas, en France. Le karuta, ça ne parle pas. Est-ce un sport ? Un jeu de cartes ? « Il existe des différences entre les codes des publics français et japonais » analyse Marie. Margaud ajoute : « en France, on aime tout mettre dans des catégories bien définies. »

Et si la réponse, c’était la télé ? « Dès qu’il y a anime, ça fait un boost sur les ventes » décrypte Marie. Fairy Tail sur D17, le buzz l’Attaque des titans (diffusé sur Wakanim, puis sur France 4), Shugo Chara sur Teletoon+. Enfin, un shôjo ! Ça me rappelle ma rencontre Fruits Basket, diffusé sur Cartoon Network à l’époque. Las ! Les shôjo restent sous représentés sur la planète anime.

 

Les lecteurs seraient-ils donc tous… des lecteurs ?

Au contraire. Les femmes lisent et achètent des manga. Selon l’étude SNE-GfK, 54% des acheteurs de manga sont des acheteuses. Elles achètent quasiment autant de shôjo (67%) que de seinen (60%) ; le shônen n’est pas loin (53%). Les filles lisent de tout, et c’est bien. Faudrait-il adapter les campagnes de communication ? Pour Mehdi, il faut surtout de l’écoute, prendre le pouls du lectorat. « C’est pour ça que ces rencontres [parlant de cet après-midi « mois du manga », au Furet du Nord] sont si importantes », se réjouit le responsable éditorial. « Malheureusement, nous, les éditeurs, n’avons pas souvent l’occasion de vous parler à vous, lecteurs et lectrices. C’est très frustrant. » Car ces échanges sont aussi le moyen d’avoir « un retour direct de votre part. C’est très enrichissant et positif », conclut le Directeur éditorial, qui ne souhaite qu’une chose : que le manga rencontre son public.

 

Justement, comment choisissez-vous vos manga ? Comment se passent les négociations avec l’éditeur japonais ?

Les coups de cœurs, la ligne édito, les attentes du lectorat, les hit, tous ces paramètres entrent en compte dans le choix de Pika Edition. Pour les gros hit, c’est la guerre ! « Tout le monde se bat pour eux », plaisante Mehdi, tout en constatant une certaine dérive. « Parfois, c’est trop. On peut parler d’enchères ». Heureusement, l’argent n’est pas roi, surtout avec les éditeurs japonais qui recherchent, avant tout, un collaborateur respectueux, passionné, qui privilégie le qualitatif au quantitatif. « Il faut [les] rassurer, [qu’ils] sentent une cohérence à ce que leur titre sorte chez nous. » .

 

Et pour le manga de création, c’est aussi comme ça ?

Là, c’est différent. Il s’agit d’un vrai travail d’accompagnement, « on est là du début à la fin », avec les auteurs, commentent Margaud et Mehdi. « C’est passionnant ».

Tout comme Ahmed Agne, les responsables de Pika Edition croient en l’avenir des autres manga, ceux crées par les non-japonais. Et l’on parle bien de « manga ». Exit les manfra, franga etc. Margaud approuve : « On ne regarde pas la nationalité ». Pourquoi chercher un autre nom alors que le mot « manga » existe déjà ? Quand les Japonais sortent Le Nouvel Angyo Onshi, ils savent bien que les auteurs sont Coréens. Le titre sort sous le nom de « manga ». Pika adopte la même ligne : le manga, c’est le manga.

C’est le lectorat qui, parfois, veut compliquer les choses : « Si c’est français, c’est pas du manga ». La belle affaire ! Loin de baisser les bras, la team Pika se galvanise. Pour Mehdi « Il faut faire quelque chose de cette énergie ! » Le succès de Reno Lemaire est encore une exception dans le paysage manga. Mais les talents sont là, les idées aussi. La passion déborde, l’émulation est là. « A nous de les accompagner !» soutient le responsable éditorial.

Et le renouveau, c’est aussi le shôjo ! Avec Alchimia, Miya et Samantha Bailly signent leur premier shôjo chez Pika Edition. De la fantasy et de l’action, sur fond de tensions socio-politiques. Un manga de création prometteur, qui montre toute l’étendue du paysage shôjo.

 

La culture ne connaît pas de frontières, la passion est sans limites, l’imagination n’a pas de genre. Reno Lemaire, Tony Valente, Maliki, Yami Shin, Miya et Samantha Bailly… Autant de mondes à découvrir, de variations, qui participent à la réinvention du manga !

 

Un très grand merci à Mehdi, Marie et Margaud pour leur disponibilité et leur gentillesse !

 

Lire l’étude consacrée aux lecteurs de BD et manga,  du Syndicat national de l’édition (SNE), réalisée en partenariat avec GfK, institut de sondages.

A toi d'jouer !

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