Autour des manganime

DEAR LOSER ~ ratés et ratées, l’heure de la revanche a sonné !

Ratés de tous les pays : c’est l’heure de l’attaque finale !!

Je suis une grande fan des histoires de losers. Les qui zonent comme les Amars de Princess Jellyfish, qui ont connu le chômage comme les trentenaires de Please love me et Brainstorm seduction, qui se traînent à la fac parce que… parce que quoi ?

 

Ratés et ratés

Raté, ratée :

Personne qui n’a pas réussi dans une carrière définie.

(Larousse.fr)

A l’heure où l’on se définit principalement par sa carrière, les ratés seraient donc ceux qui ne se sont pas accomplis professionnellement, ou mal, pas comme il faut. Etres bancals au CV plein de trous et de virgules, de crevasses et de bosses. Parcours non-linéaire, indéchiffrable pour qui a tracé sa route en ligne droite vers la retraite chapeau.

Ils sont nombreux, dans les manganime, qui trainent leurs galères au fil des pages. Leurs crevasses et leurs bosses font leur force. Ils sont comme nous. Forever together. Quoique.

 

La lose chic

Prenons Kyoko, l’héroïne de Skip Beat! Trop jeune pour être qualifiée de « ratée » (quel terrible mot !), la jeune fille était l’archetype de la naïveté. Lorsqu’elle perd tout, elle s’enfonce dans le gouffre de la louzerie. Pas pour longtemps. Quand la vengeance vient la cueillir, Kyoko revèle des capacités hors du commun. Les gens du communs constatent, désabusés, que la jeune fille est un génie.

Enquêtons sur  Saitama, le héros de One-Punch Man. C’est, au début, un homme dans la tourmente. Il survit entre le chômage, les candidatures refusées et les miettes de pain. Las, quelques pompes plus tard, le voici super-héros. Le vrai raté se sent floué. 

Parlons d’Onizuka, le héros de GTO. On le découvre le poil hirsute, la feuille de paie inexistante. Mais il plonge la main dans le pantalon avec une désinvolture suspecte. Et les bonnes choses lui tombent dans les bras, à lui, le professeur pervers. Pire : comme Saitama, il développe quelque super pouvoir. Insensible à la lame et aux flammes, il devient charismatique, le bougre. Les ratés crient à l’injustice.

 

Le miracle d’à côté

Quel point commun entre Tsukimi (Princess Jellyfish), Mito (Ugly Princess) et Michiko (Please Love Me) ?

 

Tsukimi, Mito, Michiko, ont l’immense chance de tomber sur l’être providentiel. Un peu comme quand tu tombes sur le grapin, dans Zelda.

Avant sa rencontre avec Kuranosuke, Tsukimi mène une vie tranquille, avec ses potes les Amars. Les autres les qualifient de ratées, Tsukimi est heureuse de vivre sa passion. Mais elle se cache. Le monde ne la comprend pas. Elle ne le comprend pas non plus. Sa rencontre avec Kuranosuke lui ouvre des portes nouvelles. Elle vivra fière, en Amar, et n’aura plus peur du jugement de l’autre.

Mito galère au lycée, entre les moqueries des uns et ses complexes. Heureusement, elle a son gang fujoshiste. En se rapprochant de Kunimatsu, elle se découvre. Elle trouve la force d’affronter le regard des autres, et surtout, de se regarder avec bienveillance. Qui est raté-e ?

Michiko aussi nage dans louzerie et compagnie. La trentaine en ligne de mire, le chômage droit devant elle, le futur est darko dark. Michiko tombe cependant, comme Mito et Tsukimi, sur l’être providentiel : son ancien patron. Une vie nouvelle commence pour elle (le générique d’Une vie nouvelle c’était le feu).

Au fait : Onizuka aussi fait la rencontre providentielle, avec la principale qui l’embauchera comme prof. Idem pour Kyoko, qui rejoint quasi magiquement la plus grande agence du Japon. Et Saitama ? Il fait des pompes.

 

La révolte des ratés

Les Amars de Princess Jellyfish ont-elles raison de se couper du monde ? Elles ne travaillent pas ou peu, vivent recluses, avec beaucoup d’amour pour leur passion.

Elles nous interrogent, aussi. C’est la logique « àquoiboniste » soulevée par le professeur Serge Tisseron. « à quoi bon prendre des responsabilités, à quoi bon avoir un diplôme, à quoi bon affronter le monde ».[1]

Revenons à notre Larousse

Raté, ratée :

Personne qui n’a pas réussi dans une carrière définie.

(Larousse.fr)

Carrière :

Profession à laquelle on se consacre et comportant des étapes.

Vie professionnelle considérée comme un ensemble d’étapes à parcourir.

(Larousse.fr)

Le problème, c’est le boulot. Ou plutôt, la définition tordue qu’on en fait. Le travail est plus qu’un travail.  Il est vecteur de statut social. T’as un boulot, donc un statut, donc t’es intégré-e. Sans travail donc, pas de statut. Pas de cohésion sociale. On n’existe pas. On est ratés. Bons pour la poubelle.

Dans cette acception-là, les formes de repli comme celles des Amars, l’extrémisme d’un Madarame (Genshiken) peuvent aussi être vues comme une forme de contestation. Laissez-moi être moi, au moins un peu, au moins chez moi.

L’être humain ne se réduit pas à une simple fonction. Personne ne devrait définir quelqu’un en ne regardant que son travail, sa position dans l’entreprise etc. L’humain n’est pas la somme de son parcours scolaire et professionnel.

 

 

Dear loser

Les loser, c’est chic. De Daria à The Big Bang Theory, en passant, par Genshiken ou Princess Jellyfish, les gens qui ont une autre vision que celle globalement répandue intriguent et fascinent. On rit, avec peut-être un peu d’envie. Ils vivent librement leur passion, eux. Ils se relèvent après la chute, et continuent la course, volent là-bas, vers leur ambition. Ils essaient et, à force, se découvrent des forces nouvelles. Bravo à Yakushiji (Anus beauté) qui décide de parler de son mal. Big up à Mito et Tsumugi qui défient les moqueurs et se réconcilie avec elle-même. Viva Godai, qui, après avoir connu l’horreur du chômage, parvient à créer son petit bonheur.

Ces héros du quotidien ignorent souvent leurs qualités. Et se sont les autres, ces « gens providentiels », qui les leur font remarquer. Grâce à Kuranosuke, Tsukimi s’ouvre au monde de la mode, monde dans lequel elle croyait de jamais pouvoir entrer. Idem pour Godai, indispensable à la bonne marche de la Maison Ikkoku. Ses colocataires le raillent, mais sont bien abattus lorsqu’il s’en va !

Pas de ratés, donc, mais des gens ordinaires qui vivent sur un petit bout de terre. Des héros du quotidien, plein de bons sentiments, qui font tressailler notre petit coeur. Pas forcément besoin de tablettes en choco et de flouze à gogo pour vivre sa meilleure vie. (Bon, quelques liasses de billets, quand même, ça aide) (bref).

 


[1] http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20151024.RUE4477/je-ne-suis-pas-anormal-je-ne-sors-juste-plus.html

A toi d'jouer !

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