Le journal de mon père ~ il n’est jamais trop tard pour se rencontrer

Mikki Forever lecture de l'été visuel 3

« Tu n’as jamais rien compris… à ton père. » (Daisuke)

 

Retour à Tottori.

Yoichi n’y a pas mis les pieds depuis plus de dix ans.

Plus de dix ans, à courir, loin de sa ville natale, de sa famille, de son passé. Les liens du sang, tout ça. C’est ennuyeux. Ça vous rattrape et vous serre le cœur.

Takeshi est mort.

Takeshi est le père de Yoichi.

 

Tottori sans mon père

Ils sont tous réunis pour veiller autour du défunt. Ils, et Yoichi. L’homme voit bien que les autres se sont vus il y a moins de dix ans. Hier, peut-être ? Ils parlent comme des gens proches, des gens de la même famille. Ils rient et se souviennent. Du bon vieux temps, avec le gentil Takeshi.

Yoichi regarde son reflet dans le verre et ne se souvient de rien.

Que d’un dos. La silhouette de son père, debout, dans son salon de coiffure.

Takeshi, c’est le papa de dos. Toujours courbé sur ses clients, les doigts collés au peigne. C’est un père, ça ?

 

Le journal de mon père - Jirô Taniguchi - couverture
Chichi no koyomi © TANIGUCHI Jirô, 1994 / Shôgakukan

 

 

Les liens du sang

Jirô Taniguchi sait comment parler au cœur. Dans Le journal de mon père, il réunit, pour la dernière fois ou pour toujours, un père et son fils. Ils ne parlaient plus. Ils se parlent beaucoup, désormais. Pas besoin de mots. Les mots, parfois, sont vides et creux. Ils expliquent mal, ou alors, ils sont tordus. On peut pleurer, ça fait du bien.

Yoichi découvre son père. Maintenant qu’il est mort. Mieux vaut tard que jamais. L’adage obstrue sa gorge et l’empêche de respirer. Ça fait mal.

 

Taniguchi nous parle de nos liens de famille. Enfant, l’on ne comprend pas toujours. On voit nos parents comme des héros. Je croyais que ça ne mangeait pas, un parent. Pour moi, les biscuits et les jeux. Les parents travaillent beaucoup et il faut aussi qu’ils jouent avec nous, sinon, ce n’est pas drôle. Les parents pleurent devant les catastrophes. Ils savent que ce ne sera plus jamais comme avant. Enfant, on comprend mal, on ne sait pas. L’immédiat est drôle et déroutant.

Après, on comprend. Le grand incendie de Tottori, c’était la fin du monde.

 

Pour demain

La force de Taniguchi, c’est de ne pas juger. L’on découvre, et le sentiment de Yoichi, et ceux des autres. On comprend son père, et l’enfant devenu grand fini par le comprendre aussi. On découvre sa mère. C’est compliqué, de vivre. Dur de savoir ce qu’il se trame dans la tête des autres. Ou on fuit, parce que c’est dur. Avec finesse et douceur, Jirô Taniguchi peint un beau portrait de famille. L’image n’est pas figée. Elle bouge et sourit, encore aujourd’hui.

A lire et à relire, à méditer et à penser, pour tous les aujourd’hui que l’on aura à vivre.

 

La fiche technique

Titre japonais : 父の暦 (Chichi no koyomi)

Auteur : Jirô TANIGUCHI

Edition japonaise : Shôgakukan, 1994

Edition française : Casterman, 1999 ; nouvelle édition en 2004, 2007, puis 2016

Genre : tranche de vie, historique, vie de famille

A lire dès 14 ans

 

A toi d'jouer !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.