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Chroniques

Coup de cœur manga ! Perfect World, où les héros d’aujourd’hui

Je devais me comporter comme ça, moi aussi, avant…  (Tsugumi Kawana)

C’est parti pour la chronique manga qui met bien : Perfect World.

Les éditions françaises et japonaises sont au même niveau : 10 volumes sortis. Occasion, pour les retardataires, de planifier un petit RDV sans contact avec son/sa libraire. Livraison à dom si possible. Et sinon, opération express commando masque gel hydroalco. No blagada par avec mister corona. Ou alors, tu « attends que la pluie s’achève, attends que le jour se lève ». #OmarChakil. Y’a le temps, oh.

Entre Elle et Lui

Tsugumi Kawana, 26 ans. Décoratrice d’intérieur. Au cours d’une soirée professionnelle, elle retrouve Itsuki Ayukawa, son amour du lycée. Kawana le reluquait en secret, ce grand Ayukawa, accro au basket et aux livres d’architecture.

Kawana aussi a la fibre artistique. Mais elle a tout abandonné, pour se perdre dans les méandres de la vie active. La peinture, les carrières d’artiste, ça ne fait vivre que dans les rêves.

En voyant Ayukawa, Kawana reste sous le choc. Il est architecte. Il s’est accroché, lui. Mais il a changé. Plus de basket, du moins, plus comme avant. Ayukawa est en fauteuil roulant.

Perfect World Kanawa et Ayukawa
© Rie Aruga / Kodansha Ltd.

Le regard des autres

Avec Perfect World, Rie Aruga nous offre une histoire simple, belle, touchante. On souffre et on se scandalise. Ces gens qui regardent Ayukawa de travers, qui ne voient que l’homme en fauteuil, on voudrait bien leur donner deux-trois raclées. On se regarde dans le miroir et on s’effraie. C’est nous, ce « on » qui ne comprend pas, qui compatit vite-fait, qui craint d’attraper le handicap, comme s’il s’agissait d’un virus.

La grande force du manga, c’est de montrer les différents points de vue. Kawana et ses doutes, Ayukawa et ses doutes. Les autres murmurent : « sortir avec un handicapé !? » Souvent, le soi-disant bien-portant parle pour l’autre, le malade. Un malade déshumanisé, réduit à son handicap.

Perfect World

Ayukawa est un homme. Il a des rêves, des envies. Il tremble et s’émeut, angoisse et s’énerve. Tout est compliqué, d’en bas. On n’en n’a pas conscience, dressés sur nos jambes. Le monde a été pensé pour ceux qui peuvent marcher, voir, entendre. Le temps passe. Les choses évoluent, trop lentement.

Quelle tristesse que Kawana soit un peu trop dans la caricature shojesque. Si l’on comprend ses peurs, on regrette sa passivité. Les hommes font et prennent des risques. Elle se laisse entraîner et verse quelques larmes. Mais elle arrive à surmonter ses angoisses, et se découvre une force de caractère insoupçonnée. Elle et Ayukawa  essayent, communiquent, construisent, petit à petit, leur bonheur.

Sans artifices

Avec Rie Aruga, on est dans le concret. Pas de longue tirade sur le handicap et la cruauté du monde. On le devine, dans les regards en biais, les murmures. L’autrice choisit de nous montrer ce qu’on ne voit pas. Ayukawa, comment fait-il pour se lever, se vêtir ? Et les toilettes ? Tout devient source de stress. 24H passées ainsi, dans un fauteuil, sont, pour Kawana, une épreuve de force. Au fond, elle ignore tout de la vie de son ami. Elle complexe et se sent inutile. Ayukawa est un héros.

Mais le jeune homme ne veut pas être glorifié. Surtout, pas de pitié bizarre. Qu’on mette plutôt les bâtiments aux normes, qu’on rende la société accessible aux personnes handicapées. Qu’on s’intéresse à elles, vraiment. Ayukawa est un jeune architecte passionné et sportif. Un mec tranquille, sympa, qui aime se faire de bons restos et discuter avec des potes. Un homme, tout simplement.

Perfect World – la fiche technique

Titre japonais : パーフエクトワールド (pa-fekuto wa-rudo/ Perfect world)

Autrice : Rie ARUGA

Série en cours : 10 volumes sortis au Japon et en France

Edition japonaise : Kôdansha, 2014

Edition française : Akata, 2016

Genre : romance, critique sociale

A lire dès 12 ans

A toi d'jouer !

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