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Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka

La lumière est au bout du chemin.

Dans un monde où l’extraversion est une norme, on doit tout comprendre, et vite. On doit agir, être dynamique, expressif, avec le sourire, s’il te plaît.

Récit semi-autobiographique touchant et digne, Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka expose le combat de Masatomo, jeune élève de CP. Il ne comprend pas les instructions de l’enseignante. Les autres enfants ont-ils compris ? Peut-il aller demander à la prof ? Elle fait un peu peur, mais bon. L’enfant avance, pose son problème. L’enseignante le gifle. C’est le début du cauchemar.

L’école, le cauchemar

Je m’interrogeai de longues minutes, devant cette scène de violence. Comment peut-on se comporter ainsi ? Les maigres excuses de la prof ne changeront rien. Masa reste traumatisé.

Masa parle à ses parents. Il souffre de maux de tête et fait de terribles cauchemars. Il ne peut plus aller à l’école. Le choix du verbe est important : l’enfant veut aller à l’école, jouer avec les autres, et fait des efforts pour y parvenir. Mais il ne peut pas. Il culpabilise, se sent différent et anormal (l’auteur reviendra souvent sur la « nécessaire normalité »), fait des efforts, n’y arrive pas, déprime. C’est un cercle vicieux.

Je peux comprendre la circonspection des parents devant un enfant qui, brusquement, se renferme, pleure et crie. J’imagine aussi d’autres minimiser la portée de la gifle. « La vie, c’est comme ça » « Forge-toi un caractère, au lieu de ruminer sous ta couette » « Certains enfants vivent des choses encore plus difficiles que toi » etc.

Heureusement, les parents du jeune Masa ne tiennent pas ce genre de propos. Ils sont, cependant, complètement dépassés et désarmés. Quand ils avouent leur impuissance, Masa replonge dans la culpabilité. Il veut être normal.

Les autres et l’autre

Qu’est-ce que la normalité ? Etre comme les autres ? Qui sont « les autres » ? C’est le modèle dominant, intégré. Il aime ce que lesautres aiment, fait ce que lesautres font.

Masa, lui, est « autre ».

Les parents ont-ils demandé à Masa s’il voulait intégrer un club de dessin (plutôt qu’une prof à domicile) ? Intégrer d’autres cercles de socialisation peut permettre à l’enfant de reprendre confiance. Ça ne va pas à l’école, mais ça va mieux au club de sport, d’art etc. Là où l’enfant peut recréer un cercle d’amis tout en pratiquant sa passion. Bien sûr, ce n’est pas une recette miracle. C’est compliqué. Surtout quand les adultes (je parle surtout des pédagogues) ne sont pas à l’écoute.

L’école non pédagogue

Dans le manga, l’attitude de certains adultes est glaçante. Froide et lapidaire, une prof siffle à Masa, qui, dans un ultime effort, est revenu à l’école : « Tu comprends maintenant ? Voilà ce que ça donne quand on ne vient pas à l’école. » L’enseignante  ne va pas vers l’enfant. C’est pourtant à elle d’apprendre, de comprendre, de rassurer. C’est elle, l’encadrante.

Mais Masa se relève. Grâce à sa passion pour Dragon Ball, il renaît.

Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka est une belle histoire. J’aime ces titres pleins de noblesse et de pudeur. C’est aussi ça, le manga. Des récits forts, des histoires qui invitent à la réflexion, à la discussion.

La fiche technique

Titre japonais : 学校へ行けない僕と9人の先生 [Gakkou e Ikenai Boku to 9-nin no Sensei]

Titre français : Sans aller à l’école, je suis devenu mangaka

Auteur : Syoichi Tanazono

Genre : école, tranche de vie, critique sociale

Editeur japonais : Futabasha, 2014 | Editeur français : Akata, 2016

A lire dès 12 ans

Pour aller plus loin

La cause des enfants, Françoise DOLTO. Ed. Pocket, 1995

La force des discrets, Susan CAIN. Ed. Lgf, 2014

A toi d'jouer !

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