La fin dans les manganime #1 : l’histoire coupée

« Amidamaruuuu ! [ATTENTION Y’A DES SPOILERS !! » (Yoh/Shaman King)

Fin : n.f.

« Achèvement, terme de quelque chose : Voir la fin des travaux. […]

Dernière phase, période terminale de quelque chose :  Avoir du mal à écrire la fin d’un livre. […]

Mort de quelqu’un : Sentir venir sa fin. […]» Larousse.fr

 

Dernière séance

Bon ben, je pense que tu as compris. Aujourd’hui, on va parler de la fin. Je n’ignore pas ta grande clairvoyance, mais préfère tout de même te prévenir. Qui dit « fin de manganime », sous-entend « révélations sur lesdites fins ». Y’aura du spoil, quoi. Ne me foudroie pas ainsi du regard, voyons !

 

Faut bien en finir un jour u_u SHAMAN KING © Hiroyuki Takei / 1998 / Shûeisha Inc.
Faut bien en finir un jour u_u . Yoh de Shaman King © Hiroyuki Takei / 1998 / Shûeisha Inc.

 

On distingue deux grands types de fin.

La fin fermée : y’a plus rien à dire. En général, le héros/l’héroïne, meurt.

La fin ouverte : le héros/l’héroïne a réalisé ou non son but, et voit de nouvelles possibilités se dessiner devant lui.

C’est ici que ça se complique. En fait non, pas vraiment. Mais je n’ai pas trouvé meilleure phrase, là, maintenant, dimanche 1e mai 2016 à 17h53, alors que je bosse debout car mon derrière me fait mal. Cela restera entre nous. Ce matin, j’ai fait du pain pour toute la semaine. Et dire que le travail recommence demain ! #maviemontravail.

Fin ouverte ne signifie pas absence de fin. Parfois, vous arrivez à la fin d’un livre/manga/anime/film etc., et vous vous dites : WHAT !? Euh, c’est la fin où ça a été coupé ?

 

Le drame de l’histoire coupée

Pensez au patinage artistique – ah, tiens, depuis quand suis-je passée au vouvoiement ? (Ça fait chic). Les athlètes présentent leur programme le temps d’une musique. Ils sont beaux et gracieux, allongent les jambes comme ceci, et les bras, l’on dirait un cygne, et les sauts, j’en tremble !

 

"Yuzuru

 

Les patineurs/patineuses doivent, dans leur programme, insérer un certains nombre de figures imposées, en gros. Ça correspondrait aux différentes parties d’une histoire : situation initiale, évènement perturbateur, péripéties etc. (en gros, toujours).

Les artistes peuvent enchaîner leurs figures comme ils le souhaitent, créer la surprise en commençant par une figure compliquée ; comme un auteur surprendrait son lecteur/sa lectrice, en présentant un personnage, debout, devant un corps noyé dans du sang. L’on comprend qu’un meurtre vient d’avoir lieu, l’on suppose que la victime est à terre.

Mais quand la musique s’arrête, le programme est terminé, que le patineur/la patineuse, l’ait achevé ou non. En gros (décidément), si, au terme de la musique, vous n’êtes pas arrivé au bout de votre prestation, vous sortez de la piste, tant pis pour vous.

 

Mon petit Hanyu, non seulement il a fini, mais en plus, il a gagné !
Mon petit Hanyû, non seulement il a fini, mais en plus, il a gagné !

 

C’est exactement ça, une absence de fin. Vous n’avez rien surmonté, vous n’avez rien perdu. Il n’y a plus de pages, c’est la fin du manga. Il n’y a plus de minutes, c’est la fin de l’anime.

 

Shaman King, ou l’histoire sans fin ?

Une absence de fin dont Hiroyuki Takei, le mangaka, se serait bien passée. Il précise, dans la postface du dernier tome :

[…] Mais, hélas, je dois mettre un terme à Shaman King. Même si ce n’est pas la pire façon de clore une histoire. Je ne peux pas vous en donner la véritable raison. […]

Laissez, je m’en charge.

Hiroyuki Takei fut forcé par Shûeisha, son éditeur, d’écourter le manga. L’on eut plutôt droit à une lente mise à mort, avec des derniers tomes étranges… Les protagonistes se battent partout, on ne sait pas pourquoi. Mais l’on pouvait encore faire quelque chose, non ?

 

Attendez un peu que j'me venge !!
Attendez un peu que j’me venge !!

 

La fin vite fait

Le dernier tome (n°32) oscille entre baston sauce wtf, rêves wtf, et absence totale de dénouement.

Yoh invite ses camarades à aller se coucher. Le « combat est proche. [Ils doivent] être en forme demain. »

On tourne la page. Changement de décor : Manta raconte son rêve. Yoh et ses potes courent sauver la princesse Hao.

On tourne la page. Ouf, ce n’était qu’un cauchemar. Assis dans l’herbe, Manta repense à son rêve. La seule façon de sauver Hao, « c’est le cœur ». L’adolescent pourrait-il être utile à Yoh ? Il aimerait bien ! Anna arrive et sort vigoureusement le garçon de ses rêveries : « allez dépêche-toi ».

Oui, oui, on tourne la page ! Anna tient en laisse un ancien ennemi, Anahol. Elle sous-entend qu’ensemble (Manta compris), ils vont retrouver Yoh pour délivrer Hao. Elle conclut, dans un sourire malicieux : « Je ne veux pas céder ma place de princesse ».

Fin. WHAAAT !!

Si l’on occulte les évènements externes (conflit avec l’éditeur), et qu’on se concentre uniquement sur la fin :

Yoh n’est pas arrivé à l’étape : j’ai atteint mon objectif/ je ne l’ai pas réalisé. Il s’apprête à le faire. Mais l’histoire est coupée.

Nous sommes bien devant un cas flagrant d’absence de fin !

 

C'est toi le cas flagrant
C’est toi le cas flagrant

 

Shaman king, la polémique

Si l’on se souvient du contexte particulier dans lequel elle fut écrite, on peut trouver des circonstances atténuantes à l’auteur. Pensez donc : vous imaginez la fin de votre histoire, heureux qu’elle rencontre un large succès. Votre éditeur vous impose de poursuivre encore, voyant les beaux chiffres de vente que vous réalisez. Vous poursuivez donc, peut-être à contrecœur ? Car, quand c’est fini, c’est fini. Broder artificiellement des ramifications à une histoire terminée est la meilleure façon de la faire pourrir.

Malheur ! Les ventes diminuent, l’histoire n’a plus de tête, l’éditeur exige que Takei abrège la série, et l’auteur coud une sorte de queue, quelque chose de burlesque. Mais rien ne tient. N’était-il pas en colère ?

 

C'est même plus de la colère, à ce niveau. Namé t'as vu les fringues !?
C’est même plus de la colère, à ce niveau. Namé t’as vu les fringues !?

 

La rencontre

En 2007, je surmontai mon hikikomorisme latent pour braver Japan Expo. Je vis Yoshiki (j’aime beaucoup X JAPAN !). Amatrice de débats et de conférences, je me trouvai une place de choix (j’avoue, j’étais plutôt au fond, ok) pour la conférence de Hiroyuki Takei ! L’auteur évoqua Shaman King et parla de ses nouveaux projets. Il ne répondait pas vraiment aux questions concernant l’arrêt brutal de la série. Il faut dire qu’à côté de lui, un homme petit, mince, moulé dans un sobre costume noir, aux cheveux mi-longs tirant sur l’acajou (je suis précise), vrillait des yeux sévères, tantôt sur nous, tantôt sur Takei, en mode : non, ça, tu réponds pas. C’était un peu space, à certains moments. Le mec acajou ne parlait jamais, hochait la tête, mais tu sentais que le boss, c’était lui. Lisez donc l’interview très sympa, signée la team Manga news.

Je peux comprendre la frustration d’un auteur, devant le sort que l’on réserve à ses personnages. Moi qui tiens en haute estime ces gens censés ne pas exister (parlez pour vous !) conçois difficilement que l’on puisse rallonger celui-ci, trancher celui-là, sont-ce des chiffons ? Selon certaines sources informelles, Hiroyuki Takei aurait même appris l’interruption de sa série à quelques chapitres de la fin ! Genre, on lui aurait dit : il te reste tant de chapitres pour finir. Good luck.

Dans ces considérations, l’on comprendrait mieux cette chute. Je n’ose évoquer les quelques pages où Takei, après s’être brièvement expliqué dans la postface, dessine une vision du futur où l’on retrouve les héros… changés, disons.

Certains maintiendront que la série s’essoufflait depuis plusieurs tomes, que l’auteur aurait dû se ressaisir. Ah, que de cruauté ! Il s’est ressaisi, voilà ! Shaman King s’est vraiment terminé ici, et revient sous un nouveau titre, Takei a tout dit sur son compte Twitter, êtes-vous contents ?

 

On est grave contents ouais ! Attends un peu le retour des héros u_u
On est grave contents ouais ! Shaman King is not dead !!

 

Sans transition, je vous remercie de m’avoir suivie, de m’avoir lue jusqu’à la fin ou d’avoir fait semblant, il est vrai que l’article est long, et je le termine avec cette phrase interminable pleine de virgules, vous aimez cela, je le sais, il y a de la rythmique, dans mon vocabulaire, rien n’est laissé au hasard, ou un peu quand même, je ne veux pas jouer les crânes en ce dimanche 1e mai 2016 à 19h03.

A bientôt pour la suite du doss !! Les fins ouvertes, les fins fermées, ça donne quoi, dans le joyeux monde des manganime ?

 

crédit images : © Hiroyuki Takei / 1998 / Shûeisha Inc.

A toi d'jouer !

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