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Terrace House : la télé-réalité version japonaise

Il ne se passe rien, et c’est bien !

J’avais, jusque là, réussi à dévier les attaques, depuis l’explosion du Loft au boom des Anges. (Pourquoi dit-on « Anges » d’ailleurs ?) Avant de découvrir Terrace House, je me suis essayée à la télé-réalité occidentale. Deux rétines traumatisées plus tard, je tente la télé-réalité version japonaise.

Terrace house, le concept

L’aventure Terrace House commence en 2012, sur Fuji TV. Le concept : 3 filles, 3 gars, une grande baraque. Ils sont tous là pour trouver l’amour et/ou apprendre sur la vie. Loin d’être enfermés dans leur case, ils continuent de travailler ou d’aller à la fac. Dès 2015, la série passe en coproduction avec Netflix – elle devient cependant une « série originale Netflix ». Le succès va croissant. Aujourd’hui, Terrace House, c’est 5 saisons, plus de 200 épisodes, et un film.

A demain ou adieu

Mai 2020. La lutteuse Hana Kimura, victime de harcèlement sur les réseaux sociaux, met fin à ses jours. Le monde est effondré. Les messages de soutien à la famille affluent. C’est la fin de Terrace House. Le traumatisme gagne jusqu’au gouvernement japonais, qui envisage une loi pour mieux protéger les victimes, et punir les cyber-harceleurs. Protection : c’est ce que semblerait n’avoir pas totalement fait Fuji TV vis-à-vis de Hana Kimura. Une enquête est en cours.

D’aucuns plaident pour la suspension du programme, ne serait-ce que par égard envers la famille. Il faudra attendre septembre 2020 pour que les épisodes dans lesquels apparaît Hana Kimura soient supprimés. Netflix, de son côté, ne semblerait pas prêt à lâcher son émission phare. Devant les intérêts mercantiles, les intérêts humains ont encore bien des combats à mener. C’est ce qui pousse Kyoko Kimura, la mère de Hana, star de la lutte professionnelle (aujourd’hui à la retraite), à sillonner les chaînes des médias japonais. Elle veut mettre le harcèlement au cœur du débat public. Pour que le drame subi par sa fille ne se reproduise plus jamais.

Il ne se passe rien

Retour en arrière, avec la saison 2 de Terrace House : « Boy’s and girls in the city ». Je regarde un épisode. Je pense : mais il ne se passe rien ! Enfin, si, il se passe des choses. Ils mangent, vont au travail, se saluent. C’est la vie quotidienne crue. Autant me filmer moi-même. Je laisse tomber.

Quelques temps plus tard, piquée par quelque nouvelle curiosité, je tente la saison 3 : Aloha state. Mais cette fois-ci : c’est positif. Ils sont cools, ils sont chill, il ne se passe rien, et c’est bien ! Je poursuis avec la saison 4, Opening new doors. Et la saison 5, Tokyo 2019-.

Télé-réalité : pourquoi ça marche ?

Franchement : mater d’autres faire ce que tu fais dans ton quotidien, c’est pas le top du divertissement. Pour s’aérer la tête, on a les livres, films, les séries. Mais non. On est là avec notre œil vicelard qui dévore la télé.

Le nom même de « télé-réalité » est trompeur : la présence des caméras induit un changement de comportement, même subtil. Montage et cadrage peuvent faire ou détruire une réputation. Malgré tout le bien qu’on en dit, Terrace house n’échappe pas à la polémique des « épisodes scénarisés ». Si la présentatrice You le conteste à chaque début d’épisode, d’anciens participants révèlent des dessous moins innocents qu’ils n’y paraît.

Pour expliquer le succès de la télé-réalité, certains avancent la volonté de se reconnecter « au vrai ». Avec la crise, on veut de l’authenticité, des histoires de « gens vrais ». Cf. toutes ces aventures humaines qui font vibrer ton petit cœur compétitif. Car oui, c’est plutôt l’esprit de compét qui domine. Reconnexion « au vrai », tu dis ?

Mais ici, c’est différent

Contrairement aux programmes basés sur la compétition, les messes basses, et autres joyeusetés de l’homme, Terrace House mise sur les interactions humaines, dans leur banalité la plus totale. On n’essaie pas de créer un faux suspense, des embrouilles à répétition sur fond de « BIIIP ». Pas d’insultes, rien.

Autre différence avec les émissions occidentales, les participants de Terrace House ne mettent pas leur vie entre parenthèses le temps du tournage. Ils continuent leurs activités (ils peuvent d’ailleurs quitter l’émission quand ils le souhaitent), vont au travail, à l’université, et visionnent eux-mêmes leurs apparitions dans la série !

Les belles âmes de Terrace House

Existent-elles vraiment, ces belles personnes de Terrace house ? Ici et on se questionne : ces jeunes Japonais sont-ils vraiment parfaits ?

Parfaits, certainement pas, mais naturels, oui. Du moins, plus posés que leurs homologues des télés-réalités occidentales. A travers leurs interrogations, l’on voit combien la valeur travail est importante, au Japon comme partout ailleurs. Beaucoup de jeunes artistes qui cherchent à percer. D’autres qui ont réussi et veulent trouver l’amour. Et d’autres encore, qui peinent à s’imaginer demain, dans un uniforme de bureau. Au Japon comme en France, la pression sociale est forte. L’ascenseur social est en panne ou cassé. C’est compliqué, de vivre.

Equipiers de choc ?

Les joyeux commentateurs du programme contribuent largement à son succès :

Ils sont 6 : You, actrice et mannequin, Reina Triendl, mannequin, Yoshimi Tokui, acteur, Azusa Babazono : actrice, membre du duo comique « Ajian », Ryota Yamasato : acteur, membre du duo comique « Nankai Candies ». Ils sont accompagné par un guest à chaque saison : souvent un acteur, à l’instar de Shono Hayama, pour cette saison. A Aloha, c’était Kentaro Ito : il a (notamment) joué dans la saison 1 Good morning call.

C’est une exclu Terrace House : les présentateurs commentent les interactions des participants, forment des théories loufoques ou lancent des piques acerbes. C’est souvent drôle et bon enfant. Il faudra cependant se demander « drôle pour qui ». Suite à la disparition de Hana Kimura, des candidats admettent avoir été blessés par les remarques parfois sévères des présentateurs. Ryota Yamasato reconnait d’ailleurs être particulièrement cynique et s’excuse si ses propos ont pu blesser. Il renvoie cependant la balle à celles et ceux qui ont bénéficié de sa « publicité gratuite ».

La balle, il faudrait peut-être la jeter du côté de Fuji TV et Netflix, qui se doivent de protéger les candidats. Se cacher derrière un : « s’inscrire à une émission de télé-réalité, c’est être conscient des risques d’être exposé » ne marche pas. Et quels risques, d’abord ? La mort. Les chaînes de télévision devraient laisser le mercantilisme, pour préparer et protéger les participants, avant, pendant, et après la diffusion du programme.

Terrace House : https://terracehouse.fr

crédit photos © Netflix

A toi d'jouer !

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