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The Revenant

Du sang et des hommes.

Bande annonce

Je suis tout devant. Je crains de luxer mon cou et de brûler mes rétines. Et le son sera une torture. Je fais attention aux décibels depuis que Je regarde les enquêtes de santé. A côté de moi, une fille malaxe avidement le bras de son mec.  On dirait du peau à peau.

Je craque un M&N’s sous ma canine de grizzly. C’est la première fois que je mange dans un cinéma. Je suis venue avec ma célèbre garde rapprochée, les bandes annonces défilent encore, nous cassons les M&N’s bruyamment, c’est la guerre, dans notre bouche. C’est que, quand le film aura commencé, je ne mangerai plus. Je suis du genre « ventre vide pour mon film ».

Le sang des hommes

Hugh Glass et les autres trappeurs préparent leur retour chez eux, soulagés et heureux. Ils pourront vivre, peut-être mieux, avec les peaux qu’ils ont chassées. Ça frappe d’un coup. Les trappeurs tombent. Des flèches dans les corps, ils s’effondrent dans la boue, hasardent une riposte.

Un autre mort arrive, déjà. C’est Glass, parti chercher à manger. Horriblement mutilé par un ours, l’homme erre aux portes de la mort. Il devient vite encombrant. Les ennemis sont encore là, prêts à attaquer. Les autres s’époumonent autour du corps du mourant, les autres préparent le cercueil, les autres l’abandonnent.

Mais Glass n’est pas mort. Il revient, avec le sang des hommes, dans le froid, le silence. Il va lutter pour sa survie.

Se venger.

Sensoriel

« C’est un film sensoriel », m’avait prévenu mon cher libraire. Comme il avait raison !

Dès les premières minutes, je suis emportée dans ce monde cruel et froid. Le son transperce l’écran, il n’y a plus de salle, rien, seul le sang des hommes mêlé à la boue, leurs pieds enfoncés dans les eaux marécageuses, tentant vainement de fuir la mort. Leurs respirations douloureuses, et les cris, les grognements, les sifflements.

Glass se transforme. Seul, avec son corps en lambeaux, il rampe, clopine, tombe encore. L’on ne sait quelle force l’anime. L’on voudrait même lui crier : « meurs ! » « meurs enfin ! » Non, non, il continue. Il a perdu quelqu’un. Là, dans sa chair.

Le réalisateur, Alejandro González Iñárritu, nous jette dans un enfer silencieux. Saisissant, son film – inspiré d’une histoire vraie – est comme une déchirure. L’homme est seul, misérable, dans cette nature puissante, délicate, terrifiante. Leonardo DiCaprio incarne un Hugh Glass tourmenté, bestial, il faut le voir, vraiment, les mots s’échappent dans ma cervelle, je ne m’exprime pas assez bien. Tous les acteurs interprètent merveilleusement leurs rôles.

Et la nature. C’est un personnage à part entière. Les images sont sublimes, sans pour autant apparaître stylisées. L’homme n’est rien devant elle.

Après le Revenant

Je craignais que le film ne soit trop long. Mais non. Je n’ai pas senti de longueurs, dans The Revenant. J’étais là-bas, voilà tout. La nuit, j’entendais encore le bruit des pierres qui dévalent, et les chutes d’eau, et les respirations des hommes, les râles de désespoir, la chair qui grogne, l’agonie du supplicié. Quand je vous dis que j’ai un problème.

Mon libraire me disait encore : « le genre ne plaira pas à tout le monde. » C’est vrai. Certains ont trouvé le film trop long, d’autres, non fidèle à l’œuvre d’origine – le roman de Michael Punke. D’autres encore ont regretté la violence brutale, la quasi absence de dialogues. Certains ont pointé le thème, « la vengeance » : c’est du déjà-vu.

La variation

Je pense que les thèmes des œuvres artistiques ne sont que des variations. Les créations sont avant tout des variations sur : la vengeance, l’amour, la haine, la compassion… tout ça existe déjà, depuis longtemps. Nous y mettons un peu de nos expériences, des choses lues, entendues, vues, une pointe de fantasmes, l’on saupoudre avec nos émotions, l’on rajoute des sensations ici, un peu de brutalité là, l’on pense aux ventes, au prestige, peut-être.

The Revenant me laisse un souvenir douloureux, pénible. Les belles œuvres procurent aussi ce genre de sensations.

La fiche technique

The Revenant | sorti le 24 février 2016 en France

Réalisateur : Alejandro González Iñárritu

Scénario : Alejandro González Iñárritu, Mark L. Smith, d’après le roman de Michael Punke.

Acteurs : Leonardo DiCaprio (Hugh Glass), Tom Hardy (John Fitzgerald), Will Poulter (Jim Bridger), Domhnall Gleeson (Andrew Henry), Forrest Goodluck (Hawk)…

Directeur de la photographie : Emmanuel Lubezki

Composition : Ryuchi Sakamoto, Carsten Nicolai ou Alva Noto (voui c’est la même personne^^)

Doublage français :

Damien Witecka (Hugh Glass)

Jérémie Covillault (John Fitzgerald)

Alexis Ballestros (Jim Bridger)

Distributeur : 20th century Fox ©20th Century Fox

Pas pour les enfants

Le film est interdit aux moins de 12 ans en France. Moi, je l’interdirais plutôt aux moins de 14 (ça n’existe pas). J’ai lu plusieurs articles affirmant que le film serait interdit aux moins de 17 ans aux USA.

En fait, tout dépend de la maturité de l’enfant. N’envoyez pas une jeune âme peu encline aux caresses d’ours transpirer d’effroi devant les tortures subies par Glass.

L’info en plus

Yatta ! DiCaprio l’a-t-il crié ? Enfin l’Oscar !

Iñárritu a également reçu l’Oscar du meilleur réalisateur.

A toi d'jouer !

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